Publié : 6 avril 2015

20 ans d’amitié franco-allemande

Discours d’ouverture du principal, M. LOTTIN

Mesdames et Messieurs les Maires,
Monsieur THOMA,
Mesdames DUCELIER, ENGEL et WAGNER,
Mesdames et Messieurs,
Chers élèves,

C’est un honneur pour moi d’ouvrir cette soirée du 20ème anniversaire de l’appariement entre nos deux établissements, le Gymnasium d’HILPOLTSTEIN et le Collège Marc Chagall de GASNY.

C’est un plaisir pour moi de vous accueillir dans cette belle région du Vexin Normand, le Vexin Bossu, et dans cette belle Vallée de l’Epte qui a été le théâtre pendant des siècles de nombreux conflits. C’est en effet à quelques kilomètres d’ici que fut signé le traité donnant naissance à la Normandie, et la Vallée marqua longtemps la frontière entre le Royaume de France à l’Est, et à l’Ouest la Normandie puis le Royaume d’Angleterre.

Ce vingtième anniversaire se trouve placé entre différentes commémorations concernant nos deux pays :

Il y a peu nous célébrions le centenaire de déclenchement de ce terrible conflit qu’on espérait être « la Der des Ders » ; dans quelques temps nous célébrerons les soixante-dix ans de la fin de la Seconde Guerre Mondiale qui marqua, comme tenait à le souligner l’ancien président Weizsäcker, la libération des pays occupés certes mais aussi la libération de l’Allemagne. À propos de ce conflit rappelons que le Maréchal Rommel avait installé son Quartier général à quelques kilomètres d’ici.

Quelques années après, en 1962, le président français, Charles de Gaulle et le chancelier allemand Konrad Adenauer décidaient de renverser l’histoire et d’ouvrir entre la France et l’Allemagne une nouvelle ère d’amitié et de proximité.

Dans ce rapprochement entre nos deux peuples, le Général de Gaulle et le chancelier Adenauer souhaitaient y associer largement la jeunesse, entre autres par la création de l’Office Franco-Allemand de la Jeunesse qui a permis depuis 1963 à plus de huit millions de jeunes Français et Allemands de participer à un programme d’échanges.
S’adressant en 1962 à la jeunesse allemande à Ludwigsburg, le Général de Gaulle fixait comme tâche à la jeunesse allemande et à la jeunesse française de faire vivre la solidarité et l’amitié franco-allemande :

« Cette solidarité désormais toute naturelle il nous faut certes, l’organiser. C’est là la tâche des Gouvernements. Mais il nous faut aussi la faire vivre et ce doit être avant tout l’œuvre de la jeunesse. Tandis qu’entre les deux États la coopération économique, politique, culturelle, ira en se développant, puissiez-vous pour votre part, puissent les jeunes Français pour la leur, faire en sorte que tous les milieux de chez vous et de chez nous se rapprochent toujours davantage, se connaissent mieux, se lient plus étroitement ! L’avenir de nos deux pays, la base sur laquelle peut et doit se construire l’union de l’Europe, le plus solide atout de la liberté du monde, c’est l’estime, la confiance, l’amitié mutuelles du peuple français et du peuple allemand. »

À cinquante ans de distance, nous mesurons le poids des mots, des gestes, des symboles d’alors. Ces phrases n’ont rien perdu de leur actualité et nous sommes, vous êtes, jeunes Allemands et jeunes Français, les dépositaires de cet héritage.

* *

L’appariement entre nos deux établissements est né de manière presque fortuite de la rencontre, de l’engagement et du travail de personnes que nous devons remercier ce soir : je veux parler de Mme DUCELIER, de Mme HELMCKE, de Mme SAUER, de Mme ROSENBERG STRUNZ, de Mme WAGNER et de Mme ENGEL ici présentes, de Monsieur GROSCH, les personnes qui ont fait vivre cet appariement.

Un habitant de Gasny, M. Roussel, qui est parmi nous ce soir, a mis en contact les professeurs des deux établissements. L’alchimie a pris, et l’appariement a vu le jour.
Je ne vais pas retracer ici ces 20 années. Comme tous les échanges similaires qui ont lieu à travers nos deux pays, ils sont tissés de petites histoires individuelles et collectives, de mille anecdotes. Ce sera aussi l’objet de cette soirée dans quelques instants d’en faire revivre quelques-uns.

Cet échange scolaire entre les deux établissements se situe dans la continuité de la transmission aux plus jeunes de ces valeurs et du lien d’amitié entre nos deux pays et se donne plusieurs objectifs :
- Un objectif linguistique : il s’agit de motiver les élèves germanistes ou francophones en donnant du sens à leurs apprentissages en allemand. En immersion quasi totale, logés en famille et partageant la vie de leurs correspondants, ils se retrouvent dans des situations authentiques de communication et doivent être à même de s’exprimer de manière spontanée en allemand ou en français.
- Des objectifs culturels : Cet échange ouvre à la culture allemande – à la culture française - des élèves à qui la distance et les moyens financiers ne permettent pas toujours en temps ordinaires de se déplacer. Situé à quelques encablures de Paris et des plages du débarquement, la découverte du patrimoine culturel, historique et naturel est proposée à nos amis allemands : Paris, Omaha Beach, Rouen et un programme spécialement concocté pour Monsieur THOMA ce week-end.
- Des objectifs éducatifs : Il s’agit aussi d’une adaptation aux autres et d’une ouverture citoyenne à dimension européenne soutenue financièrement par l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse. Les élèves vont échanger avec de jeunes Européens et se rendre compte que, loin des clichés et au-delà de la langue, ces jeunes allemands ont les mêmes préoccupations et centres d’intérêts qu’eux.

* *

Afin de marquer l’enracinement de cet appariement entre nos deux établissements, permettez-moi, Monsieur THOMA, d’offrir à votre établissement un pommier, qui symbolise à la fois la Normandie et le caractère durable de notre relation, relation fondée sur la connaissance de la culture de l’autre et sur l’acceptation des différences.

Mesdames DUCELIER, ENGEL et WAGNER, vous êtes les chevilles ouvrières de l’appariement de nos deux établissements. C’est par votre action, votre engagement, devenus aujourd’hui amitié, que vous avez permis à environ 600 jeunes allemands et 600 jeunes Français de partager ces moments que je sais, pour les avoir vécus, être inoubliables. Soyez-en remerciées ce soir et, surtout, soyez-en fières.

C’est de l’infime mais essentielle contribution de chacun que peut venir la réussite d’une fraternité durable. C’est l’engagement conscient en faveur de l’amitié franco-allemande, engagement dont vous êtes les exemples, qui peut triompher des replis, des réflexes individualistes, des fermetures à l’autre, de l’intolérance. Cette leçon est on ne peut plus d’actualité en ces temps parfois troublés.

Continuons tous à être de ceux-là en faisant vivre avec l’humilité qui sied aux artisans d’œuvres majeures, l’échange entre le Gymnasium d’HILPOLTSTEIN et le collège Marc CHAGALL, et le jeune plant devenu vigoureux pommier continuera à porter de nombreux fruits !

Discours der Mme DUCELIER, professeure d’Allemand

Monsieur le Principal du collège de Gasny
Monsieur le Principal du Gymnasium d’Hilpoltstein
Mesdames, Messieurs,
Chers collègues français et allemands
Chers élèves français et allemands

1995 / 2015 ……………..vingt ans déjà !

Comment faire le bilan de toutes ces années ?

Soyez rassurés ,vous n’aimez pas les longs discours moi non plus.

Je vais faire court , et je vais comme pour la remise des césars du cinéma, commencer par remercier les chefs d’établissement qui depuis 1995 ont assuré le direction du collège ; sans leur bonne volonté pas d’échange possible.
Accepter qu’un échange se mette en place, c’est aussi accepter de porter une responsabilité de plus.

Merci aussi aux collègues auxquels tous les ans j’enlève des élèves pendant une semaine, pour ensuite leur en imposer des nouveaux pendant le séjour des élèves allemands.

Merci au personnel du collège que je mets à contribution pour que l’accueil de nos correspondants soit le meilleur possible ! : l’équipe d’entretien, l’équipe de cuisine, l’accueil... en leur demandant de m’aider pour organiser la boom, en les obligeant par exemple à fermer le collège à 22h30 pour que les élèves en puissent profiter, Merci à toutes et tous !

Merci enfin aux collègues accompagnateurs qui ont eu le courage de me supporter une semaine, je suis parfois légèrement stressée ! Heureusement ils ont pu faire la connaissance de collègues allemands accueillants, efficaces, pleins d’humour… c’est certainement ce qui a donné à certains d’entre eux l’envie de renouveler l’expérience. Certains sont maintenant des pros de l’échange !

Donc ces 20 dernières années

Je ne les ai pas vues passer, cet anniversaire m’a obligée à regarder en arrière et à constater que 5 ou 600 élèves m’ont suivie, ….Ils ont grandi et moi j’ai vieilli ! Dans trois ans je quitterai le collège... quelle longue aventure…que d’anecdotes …Je pourrai écrire un livre, une saine occupation pour ma retraite !

Mes premiers contacts avec la langue allemande n’ont pas été des plus faciles, et en fin de 4ème, mes parents m’ont fait boucler une valise pour aller 15 jours en Allemagne ...à Groß-Gerau , une petite commune à proximité de Bonn, je n’ai pas ri tous les jours, je ne comprenais rien à ce que la gentille dame qui m’accueillait, tentait de me faire comprendre !
Comme disent nos amis allemands, j’ai parlé « mit Händen und Füssen » avec les mains et les pieds !

J’ai jour après jour découvert que ce langage « scolaire » pour moi, était en fait un super moyen de communication, des gens vivaient au quotidien avec cette langue comme véhicule de leurs idées et de leur culture .
J’ ai ensuite tous les ans renouvelé l’expérience voyage et je suis devenue une vraie Deutschland-Fan !!
À tel point que j’ai au lycée obtenu l’autorisation de modifier mon parcours linguistique : allemand LV1,anglais 2 ! et voilà pourquoi nous sommes là aujourd’hui !

Le bénéfice du séjour dans une famille, le contact avec une langue authentique, la découverte d’une culture, c’est ce que j’ai voulu donner à mes élèves !
Non pas pour qu’ils deviennent tous des profs d’allemand mais pour qu’ils aient l’occasion de mettre en pratique ce que cours après cours, en râlant parfois (ils ne vous diront pas le contraire) je leur ai appris. Les heures de cours passent plus vite quand on met derrière des mots nouveaux des visages ou des lieux.

A mon arrivée à Gasny, un conseiller municipal, monsieur Roussel (monsieur Lottin vous en a parlé) est venu me présenter un jeune stagiaire originaire d’Hilpoltstein dont la maman, professeur de français, cherchait un établissement partenaire …..nous avons pris contact et en mai 1995, nous sommes partis à la découverte de la Bavière, qui pour certains n’était que le lieu d’entraînement d’un grand club de foot ! ou bien pour d’autres le berceau de Sissi… future impératrice d’Autriche.

Après douze heures de route, nous avons eu bien du mal à trouver le Gymnasium, caché au fond d’une rue sans issue. Monsieur Garnier s’en souvient certainement !
Je suis entrée dans un petit bistrot de campagne , il faisait nuit , il y avait quelques hommes à l’intérieur et j’ai demandé dans mon allemand le plus pur où était le Gymnasium … et on m’a répondu en dialecte bavarois totalement incompréhensible !
Heureusement pour moi, l’établissement était deux rues plus loin …. nous avons trouvé tout seuls, les GPS n’étaient pas à la mode.

Chaque année j’ai fait monter dans un bus entre 25 et 40 élèves, et j’ai sollicité l’aide bienveillante et efficace de collègues, qu’ils soient professeurs de maths, d’histoire -géo, de physique, de français, d’EPS ou CPE …. Cette année je fais encore mieux, je ferai voyager mon chef d’établissement ! Une grande première.

Les voyages forment la jeunesse et permettent de rester jeune… Ils permettent aussi de vivre de « riches heures » avec des jeunes qui, sortis des 4 murs d’une classe, se livrent tellement différemment.
J’ai fait voyagé des fratries, certaines familles ont poursuivi les échanges, certains jeunes communiquent encore, j’aurais bien aimé parvenir à un mariage franco-allemand mais je crains en être restée au niveau des amourettes.

Les échanges nous les devons à la volonté du général de Gaulle et de Konrad Adenauer et à l’OFAJ (office franco-allemand pour la jeunesse), mais on vous l’a déjà dit.

En donnant aux élèves la possibilité de participer à ces rencontres, j’espère leur avoir permis d’augmenter leurs chances de réussite dans leurs études ou sur le marché de l’emploi, la présence ce soir d’anciens élèves me confortent dans ce sens.
Mais s’ils ont simplement vécu une semaine chaleureuse dans une famille allemande, s’ils ont compris que les aléas de l’histoire peuvent sans être oubliés, permettre à deux nations de vivre en bonne entente, ce message de tolérance, d’ouverture à l’autre sera ma grande victoire.

J’aimerais que ce long cheminement ne soit pas interrompu par ma fin de carrière, j’espère sincèrement qu’un autre collègue aura envie de reprendre la route entre Gasny et Hilpoltstein, par l’autoroute rien de plus facile !
Certains collègues présents ce soir sont presqu’au point …je suis rassurée.